La musique « adoucit les mœurs » !

par vilainpoussinou | Août 11, 2026 | Autisme

La musique a toujours eu sur moi un effet ambivalent particulier.

Ma compagne n’a cessé de répéter à qui voulait l’entendre pendant des années que je détestais la musique.
Elle s’en plaignait et en riait gentiment avec les autres, juste devant moi - moi muette d’explications.
Je lui dois bien ça, qu’elle puisse s’épancher de mon comportement réprobateur et autoritaire qu’elle subit au quotidien dans l’intimité de notre couple.

Je l’avoue, j’ai trop souvent supplié -  quémandé de manière directe ou plus subtile de couper sa musique.
Que ce soit dans la voiture, dans la maison, dans le jardin, aucune tolérance environnementale de ma part.
De changer de morceaux, de mettre moins fort ou d’abréger rapidement mon supplice auditif.

Chacun ses goûts musicaux, vous me direz.
Clairement on ne peut pas tout partager dans un couple.

Mais mon retrait auditif va au-delà d’un simple caprice.

Elle ne pourra jamais comprendre ce que ça implique pour moi d’écouter de la musique.
D’abord, et très souvent, l’écoute d’un morceau me poursuit de longues heure durant, jusqu’au soir - au lit, m’empêchant de m’endormir et parfois même jusqu’au lendemain.
Mon record absolu a été de quatre jours consécutifs avec le même morceau en tête.
Encore et encore, j’entends en boucle dans ma tête les notes, le rythme, les paroles sans relâche aucune.

Mes pensées sont alors teintées d’une ambiance biaisée.

Ma compagne souligne qu’elle ne me voit jamais écouter de la musique.
Voilà la preuve par trois tant attendue : je n’aime pas la musique.

En effet, je semble ne pas supporter quasi toute mélodie diffusée dans mon environnement proche.
Je ne prends pas l’initiative de lancer moi-même une playlist.
Et comble du comble , j’évite au maximum d’assister à des concerts et si j’y vais, je les fuis très souvent avant la fin.

Je la comprends parfaitement, quelle plaie je suis, pour elle qui ne vit que par le chant et la joie sonore.

En réalité, elle ne sait pas que le soir venu en cachette , lorsque tout le monde est endormi, parfois j’écoute des morceaux bien choisis avec mon casque audio.
Que de temps à autre, seule dans la voiture, j’écoute la même chanson en boucle, encore et encore, en m’épanchant intérieurement.

Pour moi, la musique c’est pas juste une écoute, c’est vivre une émotion brute.
Ca ébranle, ça jaillit, ça tressaille. Je déteste laisser transparaître un tant soit peu de ce qui vit en moi aux autres.

Cela me met tellement mal à l’aise, c’est inexplicable.

Soyons honnêtes , ce n’est pas comme si toutes les compositions musicales étaient des chefs-d’œuvre.
C’est même plus le contraire.
Comment est-ce possible qu’il existe autant de daube merdique sonore : stérile tant au niveau rythmique qu’au niveau du choix des paroles.
Plus c’est con, plus c’est basique, plus les gens en redemandent.
Je ne parle même pas des idées véhiculées qui ne sont pas loin d’une dissertation d’un trisomique sous ecstasy.

La compulsion sonore ça me connaît.
C’est vivifiant et ressourçant, j’adhère.
C’est juste que je peux pas le vivre en public.
C’est juste que souvent je dois supporter l’insupportable.

J’ai pas le droit de me plaindre.
Tout le monde aime la musique.
Tout le monde sait que la musique adoucit les mœurs*.

La musique comme outil social de normalisation, elle doit rendre plus acceptable les coutumes absurdes, les règles non signées, les habitudes des gens qu’ils soient bons ou mauvais.

La musique, quand tu es dans l’espace public, tu la choisis pas, tu la subis.

Et c’est grâce à cette musique - supplice de Tantale que tu dois encore mieux supporter l’insupportable : les autres .
Les autres avec leurs coutumes absurdes, leurs petites manies hypocrites, leurs comportements illogiques car dans cette culture c’est d’usage de tolérer l’autre en la fermant tant que c’est admis dans les mœurs.

La musique qui adoucit les mœurs,c ‘est vaincre le feu par le feu.

« Mais oui … allez, arrête de bouder -  arrête de faire ta difficile - ton exigeante…Elle n’est pas super cette chanson ! …. Allez, je peux la remettre encore une fois ? »

« .. Oui. »

*mœurs: « ensemble d’habitudes, de coutumes, d’usages et de comportements d’une société ou d’un individu. … associées à la dimension morale, règles non écrites qui définissent ce qui est jugé bon ou mauvais dans une culture donnée. »