
Les textes réunis dans la section « Atelier d’écriture » ont été rédigés lors d’ateliers en groupe, avec des personnes partageant la même envie que moi : sortir de leur zone de confort et explorer de nouvelles façons d’écrire.
Ces exercices répondent à une consigne précise qu’il faut respecter dans un temps limité.
Ces textes sont donc imparfaits, originaux et permettent de naviguer vers le plaisir d’écrire à l’état pur.
J’ai décidé de partager ces textes pour deux raisons : peut-être pourront-ils en inspirer d’autres, mais surtout parce qu’ils me sont précieux.
Thème : Incorrect
Consigne :
Choisir au hasard une photographie parmi celles proposées par l’atelier d’écriture autour du thème « incorrecte », puis laisser cette image guider l’écriture. La photographie que j’ai tirée représente un échiquier où le roi et la reine ont été intervertis.
Temps : 15 minutes
Le jeu d’échecs n’a jamais aussi bien porté son nom.
Les échecs, jeu par excellence masculin.
Compétition phéronoménée, combat de couilles par excellence.
Alors que le meilleur cerveau au monde à ce jeu-là est féminin.
Parallèle malaisant quand on repense au jeu de dames, jeu considéré comme totalement archaïque et enfantin par la nature de ses déplacements et sa si rapide accessibilité.
La connotation féminine ne trompe pas, la féminité des termes n’est pas secondaire, elle prime et souligne la nullité entendue.
Échecs ou échèquiers à millions qui rapportent encore et encore à ceux qui encensent la masculinité toxique parce qu’elle a de compétitrice dans l’âme.
Masculinité toxique également car la stratégie aux échecs n’est plus juste un plaisir de l’esprit, un challenge personnel ou un jeu bon enfant.
Les échecs c’est écraser l’autre, le plus vite possible, de manière fulgurante et spectaculaire.
Les échecs c’est l’échec de la société à inclure l’amusement pour ce qu’il est : un jeu sans lendemain.
Le jeu d’échecs est par essence un jeu totalement déséquilibré et prédicteur des rapports de force dans notre société : la forme des pièces le montre bien.
Pion : petit, terne, informe et asexué. Au moins avec cette stature-là, tu ne feras de l’ombre à personne et personne ne criera au scandale quand on te sacrifiera.
Cheval : Grandipotent par rapport aux autres. Tu es le seul à avoir un passe-droit pour pouvoir sauter allègrement au-dessus des autres. Normal, t’es le faire-valoir du roi.
Fou : Tout en rondeur et légèrement fêlé. Pour toi, tout est presque permis et toléré car sans toi on s’ennuie.
Tour : Tu incarnes la stabilité, tel un rempart contre l’adversaire, tu es la seule pièce à ne pas être vivante pourtant tu te déplaces au gré des jeux de pouvoir de tes commanditaires. Question de bloquer le passage et de marquer leurs territoires.
Roi : Petit et faiblard, tu te caches sous une couronne trop lourde pour toi, marchant à petit pas calculés, tu ne sais que t’échapper à reculons.
Reine : Paradoxe immense. On t’a modelée plus grande que le roi. Tes pouvoirs sont inégalés par aucune des autres pièces. Sans toi, la partie s’effondre rapidement. Menant inexorablement à l’échec ou mat du fuyard tant convoité.
Absurdité absolue quand on sait que pour remporter la partie, il ne faut pas vaincre la plus forte mais coincer et/ou écraser le plus faible.
Tel est notre société, où réussite ne rime pas forcément avec mérite.